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Athos, chien d’avalanche

, 1 avril 2015, pas de commentaire, 848 vues.

Mercredi 18 mars 2015 : grand beau sur le domaine immensément blanc et calme.

Je me rends au Poste de Contrôle (PC) du Signal : quartier général des pisteurs. C’est le poste de secours principal, parmi les quatre que compte le domaine. De nombreux pisteurs-secouristes rassemblés talkie en main, à l’écoute, sont prêts à intervenir, à enfourcher leur motoneige pour piloter la barquette qui ramènera le (ou les) blessé(s)… C’est là que ce matin je dois rencontrer Frédéric EVA, l’adjoint aux pistes et… Maître chien !

 

Fred est un pisteur-secouriste expérimenté qui exerce pour sa 20ème saison aux Contamines-Montjoie. Il doit assurer sur le terrain de nombreuses tâches afférent à sa fonction : ouverture, fermeture, balisage, et inspection des pistes ; surveillance, affichage et prise en compte des données météo et du Bulletin Risques d’Avalanches (BRA)… Il gère aussi les déclenchements d’avalanches, accueille le public… Prodigue les premiers secours, participe aux opérations de recherche des victimes d’avalanche ! Un métier passionnant où la routine ne s’installe pas et qui nécessite une profonde connaissance du milieu montagnard et une excellente maîtrise du déplacement sur neige : en montée (peaux de phoque, raquettes), comme en descente à ski, sur tout terrain, en toutes circonstances, et en toute sécurité de jour comme de nuit.

Pour l’heure, Athos, notre jeune chien d’avalanche de 2 ans est assis à ses pieds, à l’entrée du poste de secours. Magnifique « Flat coated » à la robe noire et lustrée, vif et joueur, il s’agite en tous sens, impatient de s’ébattre, reniflant la neige, guettant tout avec curiosité… Frédéric va nous conter son histoire.

 

Comment devient-on maître-chien ?

« C’est une décision longuement mûrie, qui nécessite un gros investissement personnel, par l’engagement depuis la formation du chiot jusqu’au bout de la « carrière » du chien. Il faut  créer une équipe, participer aux entrainements intensifs : (tous les mois en période enneigée et plusieurs fois en intersaison), maintenir le chien en forme, assurer son suivi médical et son bien-être, lui offrir confort et affection. J’en avais envie depuis longtemps, et je me suis « lancée » dans cette passionnante aventure»

La plaque de maitre-chien

La plaque de maitre-chien

Quelle est la démarche ?

« Après observation et réflexion, j’ai décidé du type de chien qui me convenait et suis allée le chercher dans un élevage spécialisé dans les chiens de travail. J’ai choisi Athos, pour ses ascendances prometteuses : sa vivacité, son goût pour le jeu, la qualité de son flair et son attitude volontaire. De nombreux exercices réalisés sur place permettent d’apprécier toutes ces qualités, de vérifier entre autre que le chien n’est pas craintif. Athos est issu d’une portée de sept chiots : trois femelles et quatre mâles (seuls les mâles sont admis comme chiens d’avalanche). Ce futur compagnon âgé de deux mois, j’ai dû le laisser à sa mère un mois encore jusqu’au sevrage »

ATHOS, futur « MOUSQUETAIRE » de la neige va se former, progressivement au pistage et à la recherche…

« C’est une période d’éducation et de dressage au cours de laquelle le chien et son maitre apprennent à se connaitre, à s’attacher l’un à l’autre. J’ai participé à de nombreuses séances avec d’autres maitres-chiens. La « préformation » s’étale environ jusqu’à un an et demi, le chien apprend à obéir ; il est entrainé peu à peu à la recherche : dans un trou ouvert, puis de plus en plus fermé, et enfin recouvert. Il apprend ainsi à différencier les odeurs « lourdes » provenant du sol (marche en surface) des « odeurs légères» dégagés par une victime ensevelie. Il faut entretenir cet instinct de prédation par l’intermédiaire d’un boudin tenu par la victime… Et ainsi pouvoir récompenser le chien, une fois à l’extérieur en jouant avec lui ! »

Le chien et son maitre

Le chien et son maitre

Et pour la formation finale de l’équipe cynophile ?

« Elle est assurée par l’ANENA* qui accueillait en décembre dernier aux Deux-Alpes dix neuf équipes cynophiles pour toute la France. Un stage d’une dizaine de jours pour lequel sont exigés au préalable des certificats vétérinaires : tatouage, vaccinations, examen oculaire, radios des hanches révélant toute menace de dysplasie… En l’absence de ces preuves de bonne santé, l’équipe sera refusée.

La phase d’apprentissage est échelonnée en plusieurs paliers qu’il faut franchir pour accéder au suivant. On teste l’aptitude à la recherche, la motivation, la persévérance… A la fin du stage, trois équipes en formation participent ensemble à une recherche simulée en avalanche. Six victimes sont ensevelies, et chaque équipe doit en « délivrer » deux. Le maître-chien est équipé de DVA, sonde et pelle, et les chiens se dispersent sur le lieu supposé de l’avalanche. Si deux chiens repèrent la même victime, leurs maitres doivent les séparer. Le temps imparti est court car les chances de survie chutent brusquement au bout de 15 min.

graphique

Graphique

A l’issue des épreuves, si l’équipe a rempli sa mission, l’équipe est dite opérationnelle et devra pendre des permanences sur son département. Elle est assujettie à des entrainements obligatoires organisés par les préfectures, pendant tout l’hiver et à plusieurs autres en intersaison.  La validité de l’équipe étant remise en question lors de ces exercices sur le terrain. Un chien est généralement efficace pendant huit à dix ans, puis il finit sa vie, en bon compagnon, auprès de son maître. »

Comment sont réparties les équipes cynophiles ?

Sur le département on compte seize équipes civiles, trois équipes du PGHM et quatre équipes en formation, réparties sur les quatre massifs : Mont-Blanc, Aravis, Grand Massif et Chablais. Elles fonctionnent en roulement.

Quel est le quotidien du chien ?

« Il ne me quitte jamais, il règne entre nous confiance et complicité, tant au poste de secours où je lui ai aménagé une petite niche, que chez moi. Copain avec les autres pisteurs, il aime jouer et se frotter dans la neige… Je le maintiens en bonne condition physique et lui offre une nourriture adaptée ».

Quel est l’avantage du chien d’avalanche par rapport à l’homme?

« Il est beaucoup plus rapide et efficace : en couvrant en quelques minutes des zones qui demanderaient plusieurs heures à des pisteurs…  Son odorat, plus développé que chez l’homme permet de retrouver une victime complètement enfouie sous plusieurs mètres de neige, porteuse ou non de DVA ou de système Recco. »

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En plein exercice

Comment le transporter sur les lieux de sinistre ?

« Si je dois me rendre à ski, il me suit sur la neige. Il sait aussi prendre le scooter ou bien le télésiège. Je dois aussi le porter pour monter dans l’hélico, bien qu’il en ait très peur : le souffle au sol, le bruit des pales, l’ascension en harnais, un peu stressant tout ça (!), mais, une fois embarqué, il ne bronche plus jusqu’à l’atterrissage : délivrance !! Les Flat Coated sont un croisement de Setter Irlandais et de Terre-Neuve. Ce sont des chiens de chasse, ils adorent l’eau et donc la neige. Robustes, tout comme les bergers allemands* ou malinois, (très répandus parmi les chiens d’avalanche) ».

 

 

Une avalanche survient… Comment se déroule l’intervention ?

« Tout va très vite. Dès que l’info parvient, le PGHM envoie ses équipes sur place puis fait appel aux maitres-chiens du secteur. Les recherches avec DVA et par les chiens sont simultanées et complémentaires. Dès qu’un chien décèle une odeur légère humaine, il commence à gratter, aboie et signale à son maitre la présence de la victime. C’est le « marquage ». Il faut écarter les autres chiens pour éviter tout affrontement ; on peut alors efficacement sonder et pelleter. C’est une question de minutes. Le chien creuse avec ses pattes, mû par son instinct de prédateur, le maitre avec sa pelle, s’efforce de faire vite, tout en préservant la personne ensevelie ; tous s’acharnent pour dégager la victime, avec rapidité et en sécurité, avant de la médicaliser et la transporter dans l’hélicoptère. Le chien sera récompensé : le maitre lui donnera son  « boudin », et bon nombre de caresses. Le « jeu » est terminé ».

 

Merci Fred pour ce récit instructif et passionnant, pour ton investissement permanent au service des autres, imprudents ou malchanceux, et pour le temps que tu m’as octroyé pour cet article. Je te souhaite de grandes joies et émotions avec Athos.

Sylviane

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