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La Tête dans les Etoiles au Hameau des HOCHES

, 11 juin 2014, un commentaire, 1366 vues.

Alexis BOUVARD : un savant très discret…né aux Contamines

Alexis Bouvard

Dès que le soleil surgit au-dessus des Dômes de Miage, il est tout inondé de lumière, ce petit hameau perché sur les flancs du Mont Joly, avec ses vielles fermes et ses beaux chalets, campés au détour du chemin. Calme et peu visité, accroché à la montagne sur la rive gauche du Bonnant, à un kilomètre du centre des Contamines, ce lieu charmant à l’écart de l’agitation a vu naître un grand astronome : Alexis Bouvard.

Chemin des Hoches     Les Hoches

C’est donc naturel que ce nom, désormais célèbre ait été choisi par l’école des Contamines à la mémoire de cet illustre mathématicien. Ce patronyme est encore répandu, entre les hameaux du Baptieu, des Hoches et de la Revenaz et quelques descendants vivent encore aux Contamines.

 En grimpant le long du raidillon qui s’élève sur les hauteurs, passé le ruisseau des Meuniers, le promeneur ne tarde pas à remarquer un vaste bâtiment de bois au fronton duquel est fixée une longue planche avec une inscription qui interpelle :

inscription sur la ferme

Une partie de la ferme est encore occupée : un soubassement recouvert de crépis blanc s’appuie sur le hangar où est fixée la fameuse poutre ; et sur le côté, un petit jardinet clos nous réserve la surprise d’un concert de cocoricos, dès qu’on s’approche : un coq altier entouré de sa gesticulante bassecour surgit de nulle part pour venir nous saluer.

la Ferme 1     le poulailler  

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La ferme où fut élevé Alexis

Mais revenons en l’an 1767 … du temps ou la Savoie appartenait encore au Royaume de Piémont-Sardaigne.

Les habitants vivaient essentiellement de l’agriculture. *Le nom même du hameau : vient de « oche » ou « ouche » qui signifie « terre labourable ». La vie était rude : les paysans avaient de maigres revenus , et les enfants étaient destinés à cultiver la terre ou à garder les bêtes.

Né au début de l’été 1767, sur une botte de foin dans l’alpage de la Borgia, Alexis Bouvard, fils de laboureurs se révèle rapidement comme un brillant élève à l’école du village. Passionné de mathématiques dès l’enfance, il est soutenu par ses parents, humbles paysans qui n’hésitent pas à s’en séparer, pour l’envoyer étudier à Sallanches chez un oncle : le chanoine Bouvard, dans le but de devenir …prêtre …ou négociant comme plusieurs membres de sa famille établis à Vienne en Autriche.

Mais cela ne tente pas le jeune Alexis qui ne se sent « aucune inclination » pour la prêtrise ou le négoce, mais, assoiffé de connaissance, décide de « monter à Paris » pour parfaire son apprentissage des mathématiques. Il n’a que 18 ans.

Il se retrouve seul, sans relations ni ressources, car le maigre pécule assemblé avec peine par ses parents s’épuise rapidement. A bout de souffle, il cherche des « petits boulots » ; il devient d’abord commissionnaire, mais de santé fragile, doit rapidement renoncer, puis domestique chez une vieille comtesse. Dès qu’il le peut, il se précipite au Collège de France où les cours sont gratuits. Cherchant sa voie, il hésite entre la chirurgie, et les mathématiques dont il donne quelques cours pour vivre plus aisément.

La révélation de sa vocation surgit au hasard d’une visite à l’Observatoire alors dirigé par le dernier des Cassini: une longue dynastie d’astronomes qui se sont succédé de père en fils à la tête de l’Observatoire de Paris ; il en ressort passionné d’astronomie…à laquelle il se livre, la nuit dans sa mansarde…

Hélas, « démasqué » par la vieille comtesse …qui le soupçonne de magie, il est congédié !!  

  Observatoire de paris

L’Observatoire de Paris

Par chance il trouve un emploi chez le poète et dramaturge italien Alfieri venu pour affaires. Celui-ci l’encourage et l’aide pour ses études ; il l’introduit chez une amie : Madame d’Albany qui dispose d’une riche bibliothèque où il découvre de nombreux ouvrages dont « L’histoire de l’astronomie » de Bailly. Après le retour précipité d’Alfieri en Italie, il vivote en donnant des cours de mathématiques.

C’est la Révolution française: la Savoie, qui appartenait au Piémont depuis le Traité d’Utrecht de 1713, avait été annexée par la France en 1792, et Bouvard était naturellement devenu citoyen français.

En 1793, à l’âge de 26 ans, il réquisitionné par le gouvernement révolutionnaire, et nommé Astronome Adjoint à l’Observatoire de Paris, après le départ de Dominique Cassini, dit «  Cassini IV ». (Ce dernier : fervent monarchiste, fut un temps emprisonné au couvent des Bénédictins.)

Le petit berger savoyard, qui jadis gardait les quelques chèvres paternelles dans les Alpes du Faucigny, et n’avait d’autres perspectives, selon Arago, “ que le cornet sonore qui ramène tous les soirs au chalet les troupeaux dispersés, et le fusil de simple soldat dans l’armée du roi de Sardaigne ”, allait devenir l’auxiliaire du grand Laplace et collaborer à l’entreprise colossale de calculs et déductions numériques, que sera le célèbre Traité de la Mécanique Céleste

Pierre-Simon Laplace  Laplace signature

En 1794, Bouvard devient l’indispensable « calculateur » de Laplace qui l’aide à rédiger son fameux Traité. Le grand mathématicien peut ainsi vérifier ses formules théoriques par les résultats numériques de son assistant. Humble et discret, Bouvard est entièrement dévoué à Laplace. La collaboration des deux hommes se transforme en une réelle amitié et en 1795, Laplace use de son influence pour le faire nommer au Bureau des Longitudes.

Palais de l'Institut            220px-Vallis_Bouvard_-_LROC_-_WAC (1)

                          Palais de l’Institut                                     Vallis Bouvard         

 Peu après, Bouvard commence ses observations sur la Lune et obtient le prix de l’Institut pour son mémoire sur la longitude de l’apogée et du nœud de l’orbite lunaire (1800). C’est en hommage à ses travaux que près de deux siècles plus tard : en 1970, l’Union Astronomique Internationale donnera son nom à une vallée de la Lune : « Vallis Bouvard »

En 1803 il publie une première édition des Tables de Jupiter et de Saturne qu’il parachève en 1808, et entre à l’Académie des Sciences installée au Palais de l’Institut. Puis il est nommé Astronome Titulaire et enfin Président du Bureau des Longitudes, succédant à Monsieur Méchain. Il participe ainsi à la création de l’Annuaire du Bureau des longitudes. De 1809 à sa mort, il occupe la fonction de trésorier du Bureau.

En 1815, la Savoie retourne au Royaume de Piémont Sardaigne, et Bouvard doit se faire naturaliser français. Six ans plus tard, les Tables d’Uranus, dont il publie une nouvelle version après la révision de celles de Delambre, vont assurer sa renommée: Bouvard constate des écarts entre les positions anciennes et les positions plus récentes d’Uranus et les  explique par “ quelque action étrangère et inaperçue qui aurait influencé la marche de la planète ” ce qui le conduit à émettre l’hypothèse d’une huitième planète appelée à l’époque « planète troublante ».

Après sa mort, La position de cette planète sera calculée par John Couch Adams par Urbain Le Verrier : la découverte de Neptune, 25 ans plus tard, confirmera donc son hypothèse. En même temps Bouvard découvrait huit comètes, calculait leur orbite et prédisait la date de leur retour.

François Arago                        Urbain_Le_Verrier

François Arago                                                              Urbain Le Verrier                                                                                                                                                                                  

En 1822, il est nommé administrateur de l’Observatoire, par le Bureau des Longitudes et le reste jusqu’à sa mort. Laplace, son ami qu’il a toujours vénéré, meurt en 1827.

couverture tables

Hommage à laplace 1               hommage a laplace2

Parallèlement, en 1820 il est élu à l’Académie de Savoie, et en 1826, devient membre étranger de la Royal Society de Londres.

 Alexis Bouvard, celui qui venait d’un “ obscur village* d’une vallée des Alpes, peu éloigné de Saint-Gervais ”, écrira Arago, consacra toute sa vie au travail : il observait sans répit, au péril même de sa santé, et malade, il trouvait encore le moyen de calculer dix heures par jour. Il mourut le 7 juin 1843, dans son appartement de l’Observatoire et fut inhumé au cimetière du Montparnasse.

Sur sa tombe, nous dit Arago, fut gravée l’inscription  « Il fut le collaborateur et l’ami de Laplace ».

systeme solaire

                                    Le système solaire

Portrait de Bouvard       Pressentie par A.Bouvard, cette planète fut la première ab avoir été découverte à partir de calculs mathématiques...

Pressentie par A.Bouvard, la planète Neptune fut la première a avoir été découverte à partir de calculs mathématiques…

Dômes de Miage

Les Dômes de Miage, au coucher du Soleil, tels que les observait le petit Alexis, alors petit berger savoyard… Et tels que nous les voyons encore aujourd’hui, deux siècles et demi plus tard.

Je remercie tout particulièrement Marylène Bouvard, Nicole Demargue et Madame la directrice de l’école des Contamines, pour la gentillesse qu’elles ont eue de m’accorder quelques instants pour m’aider dans mes recherches.

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