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Le patrimoine naturel des Contamines vu par Samivel

, 1 mai 2013, pas de commentaire, 2004 vues.

 

Samivel ne jurait que par son petit village de coeur – les Contamines – qu’il a découvert, raconté, dessiné et défendu contre les bétonneurs. Si ce nom d’emprunt évoque pour certaines des aquarelles représentant des petits personnages confrontés à la beauté démesurée de la montagne, peu savent que derrière ce pseudonyme se cache un artiste autodidacte et inclassable : Paul Gayet-Tancrède.

Natif de Paris, le jeune Paul fut emmené dès son plus jeune âge aux Contamines sous le regard bienveillant des neiges éternelles des Dômes de Miage. Sa mère craignait que la terrible maladie respiratoire qui a emportée son père ne s’acharne également sur son fils, s’il ne prenait pas l’air de la Haute-Savoie. En quête de grands espaces, le jeune garçon découvre, jusqu’à n’en plus pouvoir, la véritable beauté des Contamines et va rentrer le soir – dans son chalet aux volets bleus – heureux, fourbu, des images plein la tête. Passion d’adolescent, il grimpe sur tout ce qui culmine : premier 3000 mètres à 12 ans ; premiers virages à ski à 14 ans ; premier Mont-Blanc à 16 ans. Paul est marqué par la montagne comme d’autres peuvent l’être par la mer.

Ancien portrait de Samivel

Ancien portrait de Samivel

Dessinateur alerte, il croque tout : les déboires des alpinistes, les odeurs de chaussette dans les refuges, l’arrivée épique d’une ascension, les traces furtives d’un chamois dans la neige
fraîche. Rapidement perçu comme un auteur d’alpinisme humoristique : ses cartes postales, ses affiches pour le CAF, pour la Compagnie des Guides de Chamonix et ses livres sur la montagne se trouvent aujourd’hui encore dans le présentoir du tabac-journaux-souvenirs situé en face de la mairie des Contamines.

Aquarelle de Samivel chalet CAF

Aquarelle de Samivel chalet CAF

Cet homme à l’existence si riche contrôlait scrupuleusement sa biographie et ne voulait rien en dire. Il menait sa vie pour lui même et donnait son talent et sa créativité aux autres. La rareté des légendes font de Samivel un grand spécialiste de la pertinence, un merveilleux narrateur, un graphiste perfectionniste soucieux du moindre détail. Il est l’auteur d’évocations si fortes qu’elles restent inscrites dans l’esprit de tous, aujourd’hui encore, lorsqu’il s’agit de représenter la montagne. Samivel se sert alors de sa plume, de ses aquarelles et de son humour pour s’interroger de la place occupée par l’homme dans l’économie de la nature. L’illustrateur sait que la vraie richesse de son cher Val Montjoie, c’est son calme, sa nature, ses chamois, ses choucas et se plaît à rappeler qu’il est présomptueux et vain de la contrarier. L’entrain de Samivel fut subitement chamboulé suite à une parution dans le Dauphiné Libéré de 1973 : le souhait de relier les Contamines au Beaufortain par le col du Joly – avec plus d’une dizaine de kilomètres de bitume à travers les alpages – dans le but de désenclaver la vallée. Samivel dénonce “le saccage du seul espace naturel de moyenne montagne encore intact sur les versants français du Mont-Blanc”.

Aquarelle de Samivel remontées

Aquarelle de Samivel remontées

Malgré les nombreuses objections de Samivel contre le projet dit d’utilité publique, les travaux démarrent en 1976. Blessé et furieux de voir cet espace naturel dégradé par l’homme, l’aquarelliste décide de vendre son chalet aux volets bleus et ne plus remettre les pieds aux Contamines ! Contre toute attente, la route ne s’est jamais faite : est-ce l’influence de Samivel ou simplement le coût des travaux sur ce type de terrain ? Aujourd’hui encore les amoureux de la plus haute réserve naturelle de France – 5000 hectares – défendent corps et âmes cet espace de liberté qu’est les Contamines.

L’artiste a fait, malgré tout, son dernier voyage aux Contamines : c’est au sommet des Dômes de Miage que ses cendres ont été dispersées en 1992. La commune a décidé de lui rendre hommage : l’été 2013, elle inaugurera derrière l’Église, le jardin Samivel, dédié à la préservation de “ce monde d’espace, d’eau libre, de bêtes naïves, ou brille encore la jeunesse du monde”.

Signature de Samivel

Signature de Samivel

Pascal

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